Le Comité pour la Justice (Committee for Justice – CFJ) exprime sa profonde indignation et sa ferme condamnation de la politique de représailles et de harcèlement systématique menée par l’administration pénitentiaire tunisienne contre les détenus politiques et leurs familles. Cette politique a atteint le stade de chantage administratif, privant les prisonniers d’opinion de leurs droits humains fondamentaux à communiquer et à échanger des vœux avec leurs proches durant les fêtes religieuses. Le CFJ considère que ces pratiques arbitraires dépassent le cadre de la peine privative de liberté pour devenir un outil de torture psychologique et d’oppression sociale contre les figures de l’opposition politique.
Chantage administratif et cruauté gratuite : Le Comité met en lumière le témoignage poignant de Mme Faiza Rahem, épouse du détenu politique et avocat Ahmed Nejib Chebbi. Celle-ci a révélé que l’administration pénitentiaire a placé les familles des détenus devant un choix cruel et coercitif à l’occasion de l’Aïd al-Adha :
- Soit effectuer une visite exceptionnelle le jour de l’Aïd (mercredi) limitée à cinq minutes seulement, en renonçant définitivement à la visite hebdomadaire réglementaire.
- Soit maintenir la visite hebdomadaire ordinaire du jeudi (d’une durée de 15 minutes) avec une interdiction absolue de se rendre au parloir le jour de l’Aïd, sous le prétexte qu’il est « interdit de visiter les détenus deux fois par semaine ».
Le Comité note que cette intransigeance a contraint les familles à opter pour la visite du jeudi afin de bénéficier d’un temps d’échange légèrement plus long. Par conséquent, les détenus et leurs proches ont été privés de se voir le jour de l’Aïd, marquant ainsi le premier Aïd al-Adha passé derrière les barreaux pour l’Archevêque de l’opposition Ahmed Nejib Chebbi, et le quatrième consécutif pour Issam Chebbi, secrétaire général du Parti républicain.
Violation flagrante des normes internationales : Committee for Justice (CFJ) souligne que ces restrictions abusives violent les Règles pénitentiaires minimales des Nations Unies (Règles Nelson Mandela), en particulier celles garantissant le droit des détenus à maintenir des contacts réguliers et dignes avec leurs familles. Ces pratiques constituent également une ingérence disproportionnée dans le droit à la vie familiale, protégé par l’article 17 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, et contreviennent à l’article 23 de la Constitution tunisienne, qui impose le respect de la dignité humaine.
En conséquence, Committee for Justice exige des autorités tunisiennes :
- L’arrêt immédiat de la politique de harcèlement administratif et de punition collective infligée par l’administration carcérale aux opposants et à leurs proches, et la garantie de parloirs conformes aux standards humanitaires.
- La libération immédiate et inconditionnelle de Me Ahmed Nejib Chebbi et de M. Issam Chebbi, et la fin définitive des détentions arbitraires visant à neutraliser les voix dissidentes en Tunisie.



