Non au ciblage de la société civile… Non à l’atteinte à l’une des organisations de défense des droits de l’homme les plus prestigieuses du monde arabe et d’Afrique
Genève, le 27 avril 2026 — Committee for Justice (CFJ) exprime sa vive inquiétude et condamne la décision rendue le 24 avril 2026, portant suspension des activités de la Ligue Tunisienne pour la Défense des Droits de l’Homme (LTDH) pour une durée d’un mois. Ce développement dangereux reflète la persistance des restrictions imposées à l’espace civique et le ciblage des organisations de défense des droits de l’homme indépendantes en Tunisie. Des rapports de presse internationaux ont confirmé que cette décision a visé la Ligue, l’une des plus anciennes organisations de défense des droits de l’homme dans le monde arabe et en Afrique, et membre du Quartette parrain du dialogue national, lauréat du prix Nobel de la paix 2015.
Committee for Justice souligne que le ciblage de la LTDH ne peut être considéré comme une mesure administrative isolée, mais s’inscrit dans un contexte plus large de restrictions croissantes de la liberté d’association, de la liberté d’expression et du travail indépendant en faveur des droits de l’homme en Tunisie. Le CFJ avait déjà alerté, lors d’interventions précédentes devant la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, sur la détérioration de l’État de droit en Tunisie et sur le ciblage des défenseurs des droits de l’homme, des journalistes et des organisations indépendantes, y compris la suspension arbitraire d’organisations de défense des droits de l’homme et des femmes, ainsi que l’usage répressif du décret-loi n° 54 de 2022 pour criminaliser l’opinion et restreindre l’espace civique.
La Ligue Tunisienne pour la Défense des Droits de l’Homme n’est pas seulement une association nationale, elle représente un pilier historique du mouvement des droits de l’homme en Tunisie, dans la région arabe et sur le continent africain. Depuis sa fondation en 1976, la Ligue a constitué une école de lutte pour la défense des victimes, le soutien aux luttes démocratiques et l’ancrage de la culture des droits de l’homme. Elle fut également l’une des composantes du Quartette du dialogue national, récompensé par le prix Nobel de la paix pour son rôle dans le soutien à la transition démocratique en Tunisie.
Committee for Justice considère que la suspension des activités d’une institution d’un tel poids historique et symbolique constitue une atteinte grave à la liberté d’association, un message d’intimidation adressé aux défenseurs et défenseuses des droits de l’homme, et menace les acquis restants de l’espace civique en Tunisie. Cette décision contrevient aux obligations de la Tunisie au titre de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, qui garantit la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique dans ses articles 9, 10 et 11, ainsi qu’au Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques, qui interdit toute restriction à la liberté d’association, sauf si elle est légale, nécessaire et proportionnée dans une société démocratique.
De plus, Committee for Justice rappelle que la Constitution tunisienne de 2022 dispose, en son article 40, la garantie de la liberté de formation des partis, des syndicats et des associations, et que toute mesure affectant le travail des associations doit rester soumise aux principes de légalité, de nécessité et de proportionnalité, et ne pas se transformer en un outil pour punir les organisations indépendantes ou réduire au silence les voix critiques.
En conséquence, Committee for Justice :
- Condamne dans les termes les plus fermes la décision de suspendre les activités de la Ligue Tunisienne pour la Défense des Droits de l’Homme, et la considère comme une mesure arbitraire touchant à l’essence même du droit à la liberté d’association et au travail indépendant en faveur des droits de l’homme.
- Exprime sa solidarité totale et inconditionnelle avec la LTDH, ainsi qu’avec l’ensemble de ses membres, ses sections et ses militants.
- Affirme que porter atteinte à la Ligue est une atteinte à une longue histoire de lutte pour les droits de l’homme en Tunisie et dans les régions arabe et africaine, ainsi qu’à un héritage commun de tous les défenseurs des droits de l’homme.
- Considère que le ciblage de cette institution pionnière représente une escalade dangereuse dans le processus de restriction de la société civile indépendante et sape les garanties fondamentales de tout système démocratique fondé sur la primauté du droit et le respect des droits et libertés.
Committee for Justice appelle les autorités tunisiennes à revenir immédiatement et sans condition sur la décision de suspension des activités de la LTDH, et à garantir qu’elle puisse poursuivre son travail librement, en toute indépendance et sans harcèlement ni représailles.
Le CFJ appelle également les autorités à respecter la liberté d’association, à cesser d’utiliser la justice ou les procédures administratives comme outils de pression contre les acteurs des droits de l’homme, et à respecter les obligations constitutionnelles, internationales et africaines de la Tunisie en matière de protection de la société civile et des défenseurs des droits de l’homme.
Committee for Justice souligne que défendre la LTDH aujourd’hui n’est pas seulement défendre une organisation spécifique, mais c’est défendre toute une histoire de lutte pour la liberté, la dignité et la justice, ainsi que le droit de la société civile à exercer son rôle de contrôle et de défense des droits sans crainte, intimidation ni punition.