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Tunisie : « CFJ » alerte sur la détérioration socio-économique, condamne la répression des mouvements syndicaux et exige le respect des droits des travailleurs

Tunisie : Le Comité pour la Justice (Committee for Justice – CFJ) exprime sa profonde préoccupation face à l’aggravation de la crise socio-économique en Tunisie et à la vague de protestations et de grèves qui touche de nombreux secteurs vitaux du pays. Le CFJ souligne que le recours aux approches sécuritaires, les restrictions à l’action syndicale, les retenues salariales arbitraires et le non-respect des conventions collectives constituent une atteinte grave à l’État de droit, à la justice sociale et aux libertés fondamentales des travailleurs.

Recensement factuel et détaillé des mouvements sociaux et grèves : Le Comité pour la Justice (CFJ) a documenté les actions et grèves sectorielles suivantes :

  1. Sociétés d’environnement et de jardinage (Gafsa, Gabès, Sfax) : Manifestations et blocage de la voie ferrée à Gafsa pour rejeter la révision des augmentations salariales, exiger la relance des activités suspendues et la promulgation d’un statut particulier conformément à la loi n° 89-1989 et au décret n° 64.
  2. Secteur bancaire, financier et des assurances : Dénonciation par la Fédération générale des banques des retenues sur salaires post-grève qualifiées de sanctions financières illégales, condamnation des licenciements abusifs de syndicalistes, et appel à des journées d’action les 28, 29, 30 et 31 décembre pour réclamer des augmentations salariales et l’application rétroactive de l’article 412 du Code de commerce.
  3. Secteur de l’énergie (STEG) : Préavis de grève générale et d’actions d’escalade face à la dégradation des conditions de travail, au recul des acquis sociaux, à l’augmentation des accidents du travail mortels et au manque d’équipements de protection.
  4. Centre international de promotion des personnes handicapées : Rassemblement de protestation devant le ministère des Affaires sociales pour réclamer la titularisation immédiate, la fin du travail précaire, la régularisation auprès de la CNRPS et la promulgation d’un statut particulier.
  5. Secteur postal : Appel au boycott des célébrations officielles de la Journée mondiale de la Poste au profit d’une journée de protestation syndicale unifiée contre la fragilisation du service public postal et pour exiger l’application des statuts et promotions.
  6. Secteur privé et agroalimentaire (Entreprise Triki Naoura – Sfax) : Grève et marche vers le siège du gouvernorat pour protester contre le licenciement abusif du secrétaire général du syndicat de base et dénoncer les tentatives de division syndicale.
  7. Secteur de la livraison à Tunis : Préavis de grève déposé pour les 28 et 29 octobre afin de réclamer la régulation des heures de travail, la clarification des primes (BONUS) et des critères de calcul des distances kilométriques.
  8. Mouvement des diplômés chômeurs :
    • Marche de la Dignité : Blocage sécuritaire à Borj Cédria de la marche à pied partie de Menzel Bouzaiane vers le palais de Carthage après 9 jours de marche, pour exiger l’application de la loi n° 18-2025 sur le recrutement exceptionnel des chômeurs de longue durée.
    • Mobilisations régionales : Poursuite des rassemblements à El Guettar, El Ksar, El Hamma, Regueb, Meknassy et Kairouan, et dénonciation de l’inefficacité des « entreprises communautaires » face au taux de chômage atteignant 24,2 % chez les diplômés.
  9. Secteur de l’éducation :
    • Candidats au concours Capes : Quatrième rassemblement devant le ministère de l’Éducation pour dénoncer les fraudes et le manque de transparence.
    • Surveillants de Siliana : Rejet des mutations arbitraires et du manque d’effectifs affectant l’encadrement des élèves.

Qualification juridique : Le Comité pour la Justice (CFJ) rappelle que la répression des mouvements sociaux, les retenues salariales illégales et le non-respect des lois violent les engagements de l’État :

  • Droit interne : Ces mesures enfreignent les articles 40 (droit au travail digne et salaire juste), 46 (droit syndical et de grève), 37 et 41 (liberté d’expression et de rassemblement) de la Constitution de 2022, ainsi que le Code du travail tunisien et les législations spécifiques applicables.
  • Normes internationales : Elles constituent une violation des articles 8 et 9 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, des articles 19 et 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ainsi que des Conventions de l’OIT n° 87, 98 et 155.

En conséquence, le Comité pour la Justice (CFJ) exige des autorités tunisiennes :

  1. L’arrêt immédiat des blocages sécuritaires subis par les mouvements sociaux, la levée des entraves contre la « Marche de la Dignité » et la garantie du droit de manifester pacifiquement.
  2. La satisfaction des revendications sectorielles légitimes et l’annulation des sanctions financières et des licenciements de syndicalistes.
  3. L’application immédiate des lois promulguées, notamment la loi n° 18-2025 et le décret n° 64, ainsi que l’édition des textes d’application nécessaires.
  4. L’ouverture d’un dialogue social sincère avec les unions syndicales et les coordinations de travailleurs pour répondre à la crise économique et préserver la sécurité au travail et les services publics.