Le Comité pour la Justice (Committee for Justice – CFJ) exprime sa vive condamnation suite à la décision des autorités tunisiennes d’ouvrir une information judiciaire contre l’avocat et militant politique Samir Dilou, assortie de mesures conservatoires telles que l’interdiction de voyager et le gel de ses comptes bancaires et de ses biens. Le Comité considère que l’imputation de l’accusation de « blanchiment d’argent » sur la base d’un procès-verbal lié à une « évasion fiscale » constitue une instrumentalisation abusive des mécanismes de lutte contre la criminalité financière afin d’éliminer des opposants politiques et de harceler les avocats défenseurs des droits humains.
Le Comité attire l’attention sur le fait que ce ciblage s’inscrit dans une campagne continue visant à restreindre les voix dissidentes, Samir Dilou étant l’une des figures juridiques et politiques les plus critiques envers le pouvoir actuel. Transformer un litige de nature fiscale en une affaire criminelle majeure devant le Pôle judiciaire économique et financier vise clairement à entraver son travail de défense et à l’écarter de la scène publique par le biais du « harcèlement procédural » et de l’asphyxie financière.
Le Comité pour la Justice (CFJ) souligne que ces mesures violent les Principes de base relatifs au rôle du barreau adoptés par les Nations Unies, qui imposent aux États de protéger les avocats contre toute poursuite ou entrave résultant de l’exercice de leurs fonctions professionnelles. Le Comité exige des autorités tunisiennes l’arrêt immédiat de toutes les formes de poursuites abusives contre Samir Dilou et la levée des interdictions de voyager et des gels de fonds le concernant, réaffirmant que la justice doit rester un rempart des droits et non un outil d’intimidation politique sous prétexte de lutte contre la corruption.