Nouakchott – Genève (1er juillet 2026) : Le Committee for Justice (CFJ) suit avec une grande préoccupation la vague croissante de protestations ouvrières et syndicales en Mauritanie, touchant des secteurs vitaux tels que l’enseignement supérieur, la santé et les services pharmaceutiques. Le CFJ condamne fermement le recours des autorités sécuritaires à des approches répressives et à la militarisation des établissements de santé, au lieu d’ouvrir les voies d’un dialogue sérieux et responsable pour répondre aux revendications légitimes des professionnels.
Le CFJ a documenté, à travers des rapports de terrain, une série de violations graves et de mouvements de protestation répartis comme suit :
- Secteur de la santé : Répression, grèves et pénurie structurelle
- Répression et arrestation de médecins à Atar : Le CFJ condamne fermement l’intervention de la police, à la demande de la direction de l’hôpital d’Atar, pour interdire un sit-in pacifique. Un médecin a été expulsé de force de son bureau en plein service. Trois médecins ont été arbitrairement arrêtés : le Dr Mohamed Yahfedhou Ahmed Boubacar, le Dr Eslemou Ahmed Jeddou, et le Dr Mohamedene Oun.
- Grève ouverte et arriérés financiers à Rosso : Les médecins spécialistes du centre hospitalier de Rosso ont entamé une grève ouverte pour protester contre le manque aigu d’équipements médicaux, l’absence de médicaments d’urgence et le retard de six mois de leurs émoluments. De même, les infirmiers et sages-femmes menacent d’une grève totale lundi prochain pour réclamer leurs primes de garde (7 mois), de retraite (9 mois) et d’encouragement (6 mois).
- Chômage des médecins généralistes face au déficit structurel : Le « Mouvement des médecins chômeurs » dénonce l’attribution de seulement 100 places aux médecins généralistes sur un large concours, alors que plus de 250 praticiens restent sans emploi. Ce blocage survient alors que l’Ordre National des Médecins révèle un déficit de plus de 60% par rapport aux normes de l’OMS (la Mauritanie compte 1774 médecins inscrits, loin du seuil d’un médecin pour 1000 habitants).
- Escalade des syndicats des dépôts pharmaceutiques : Le Syndicat Général des Dépôts Pharmaceutiques (plus de 900 dépôts) annonce des mesures de boycott face à l’absence de concertation avec le ministère et aux octrois anarchiques de licences menaçant ce secteur.
- Enseignement supérieur : Blocage des recrutements et précarité
- Sit-in des docteurs contractuels devant la Primature : Environ 400 de titulaires de doctorat observent un sit-in devant le premier ministère pour exiger un recrutement général et transparent afin de combler le fossé académique (44 000 étudiants pour seulement 1500 professeurs, permanents et contractuels confondus).
- Ignorance des revendications du Syndicat National de l’Enseignement Supérieur : Le Conseil syndical dénonce l’absence de réponse gouvernementale à leurs demandes vieilles de plus d’un an, notamment l’attribution de parcelles de terrain et la revalorisation des pensions de retraite, en réponse aux déclarations officielles minimisant ces difficultés.
Le CFJ rappelle que ces pratiques violent l’article 23 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et l’article 7 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, qui garantissent le droit au travail, à des conditions équitables, à un salaire juste et à la liberté syndicale.
Par conséquent, le Committee for Justice (CFJ) appelle le gouvernement mauritanien à :
- Libérer immédiatement et sans condition les médecins détenus à Atar et cesser toute militarisation des espaces hospitaliers.
- Respecter et garantir le droit de manifester pacifiquement, de faire la grève, et l’action syndicale pour tous les travailleurs, ces droits étant constitutionnels et légitimes pour exprimer des revendications.
- Régler sans délai les arriérés financiers et les primes dus au personnel médical à Rosso, Atar et sur l’ensemble du territoire national.
- Réformer les politiques de recrutement en intégrant les médecins généralistes au chômage et en ouvrant un concours pour les 400 docteurs contractuels, tout en révisant la limite d’âge.
- Engager un dialogue transparent et responsable avec le Syndicat National de l’Enseignement Supérieur et le Syndicat des Dépôts Pharmaceutiques pour honorer les engagements de l’État.