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Mali : le Committee for Justice appelle à des garanties judiciaires urgentes et à la protection de trois militants pro-démocratie toujours détenus après plusieurs mois de privation de liberté

Genève, 2 novembre 2026

 

Le Committee for Justice (CFJ) exprime sa vive préoccupation concernant le maintien en détention de trois militants maliens pro-démocratie, Aboubacar Soumaré, Moussa « Abba » Djiré et Ibrahima Taméga, après plusieurs mois de privation de liberté et leur présentation, le 20 octobre 2026, devant le Pôle national spécialisé de lutte contre la cybercriminalité à Bamako, à l’issue de laquelle ils ont été transférés à la Maison centrale d’arrêt de la capitale.

Selon les informations disponibles, Aboubacar Soumaré et Moussa Djiré auraient été enlevés à Bamako en mai 2026 par des individus encagoulés présentés comme appartenant à la Sécurité d’État. Ils auraient ensuite été détenus pendant plusieurs mois dans un lieu non divulgué, en dehors de toute procédure judiciaire publiquement connue. Quant à Ibrahima Taméga, il aurait été officiellement arrêté en mai 2026 et serait resté détenu sans être présenté à une autorité judiciaire durant la période initiale de sa détention, selon les informations publiées.

Ces trois militants sont connus pour leur engagement politique et citoyen en faveur du retour à l’ordre constitutionnel, de l’organisation d’élections et du respect de la Constitution. Aboubacar Soumaré a précédemment dirigé le mouvement Mali Debout, tandis que Moussa Djiré était à la tête du mouvement Yiriwa 223. Ibrahima Taméga était, quant à lui, associé au parti politique La Convergence.

Les circonstances de leur détention initiale soulèvent de sérieuses préoccupations quant au respect du droit à la liberté et à la sécurité de la personne ainsi que des garanties de procédure régulière. Les informations faisant état d’un affaiblissement physique important, d’une perte de poids considérable et de besoins en soins médicaux soulèvent également des inquiétudes quant à leurs conditions de détention et à leur état de santé.

 

Malgré leur présentation devant la justice et leur transfert ultérieur en prison, les informations publiées indiquent que leurs avocats n’avaient pas reçu les documents judiciaires officiels relatifs à leurs dossiers. Cette situation appelle à une clarification des charges retenues contre chacun d’eux et à la garantie de leur accès effectif aux dossiers ainsi que de leur droit à préparer leur défense.

Le Committee for Justice souligne que leur présentation devant une autorité judiciaire ne suffit pas, à elle seule, à dissiper les préoccupations relatives à leur détention antérieure dans des lieux non divulgués. Elle ne saurait non plus exonérer les autorités de leur obligation d’enquêter sur les circonstances de leur arrestation et de leur détention et de garantir le respect de leurs droits fondamentaux.

Le Committee for Justice rappelle que ces faits soulèvent de sérieuses préoccupations au regard de l’article 6 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, relatif au droit à la liberté et à la sécurité de la personne ; de l’article 7, relatif au droit à ce que sa cause soit entendue et aux garanties d’un procès équitable ; ainsi que de l’article 16, relatif au droit de jouir du meilleur état de santé physique et mentale possible. Les articles 9, 10 et 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques prévoient également des garanties pertinentes.

En conséquence, le Committee for Justice appelle les autorités maliennes à :

  1. Garantir la sécurité et l’intégrité physique d’Aboubacar Soumaré, de Moussa Djiré et d’Ibrahima Taméga, organiser des examens médicaux indépendants et urgents et leur fournir les soins nécessaires.
  2. Garantir aux détenus un contact régulier avec leurs familles et leurs avocats, ainsi que l’accès à l’ensemble des documents judiciaires officiels relatifs à leurs dossiers.
  3. Clarifier les charges précises retenues contre chacun d’eux ainsi que les fondements juridiques de leur maintien en détention, et garantir leur droit à un procès équitable devant une juridiction compétente, indépendante et impartiale.
  4. Ouvrir une enquête indépendante et effective sur les circonstances de l’arrestation et de la détention dans un lieu non divulgué d’Aboubacar Soumaré et de Moussa Djiré, ainsi que sur les conditions de détention d’Ibrahima Taméga avant sa présentation devant la justice.
  5. Procéder à leur libération en l’absence de fondement légal suffisant justifiant le maintien de leur détention et mettre fin à toute privation arbitraire de liberté.
  6. Garantir qu’ils ne soient soumis à aucun acte de torture, mauvais traitement, pression ou représailles en raison de leurs activités et opinions pacifiques.

Le Committee for Justice souligne que la protection des droits fondamentaux de toute personne, y compris des militants exprimant pacifiquement des critiques à l’égard des autorités, demeure une obligation de l’État. Toute procédure judiciaire doit respecter pleinement les garanties d’un procès équitable ainsi que le droit à la liberté et à la sécurité de la personne.

Le Committee for Justice (CFJ)