Banjul, 28 octobre 2025
Lors de l’examen du rapport de la Tunisie devant la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, le Committee for Justice (CFJ), au nom de la coalition de la société civile tunisienne et avec le soutien de la Ligue Tunisienne pour la Défense des Droits de l’Homme (LTDH), a présenté un oral statement sous le point 8 de l’agenda, en interaction avec le rapport de l’Honorable Commissaire Remy Lumbo sur la situation des défenseurs des droits humains.
La coalition a dénoncé la grave détérioration de l’État de droit en Tunisie et la répression ciblant les défenseurs des droits humains, journalistes et organisations indépendantes.
Les points clés soulignés par le CFJ incluent :
- La subordination du pouvoir judiciaire, réduit à une fonction exécutive, et l’érosion de l’indépendance de la justice.
- Le resserrement sans précédent de l’espace civique, illustré par la suspension arbitraire de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD), organisation historique engagée depuis plus de trois décennies. Cette décision constitue une violation directe des articles 9, 10 et 11 de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, garantissant la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique.
- L’usage répressif du décret-loi 54, initialement présenté comme un outil contre la désinformation, mais utilisé pour criminaliser l’opinion et réduire au silence journalistes, avocat·es, militant·es et défenseur·es des droits humains.
- La multiplication des discours de haine et de stigmatisation à l’encontre des ONG, notamment celles recevant un financement international, contribuant à un climat de peur et de délégitimation.
La coalition a appelé la Commission Africaine à :
- Condamner la suspension arbitraire de l’ATFD et exiger sa levée immédiate ;
- Dénoncer l’usage du décret-loi 54 comme instrument de répression politique ;
- Appeler à la libération de toutes les personnes détenues arbitrairement pour leurs opinions ;
- Rappeler aux autorités tunisiennes leurs obligations au titre de la Charte Africaine et garantir un environnement sûr pour la société civile.
La coalition a rappelé que la Tunisie, autrefois un modèle en matière de droits des femmes et de libertés, traverse aujourd’hui une phase sombre où la parole libre et l’engagement citoyen sont criminalisés, et a demandé à la Commission Africaine de se tenir aux côtés des défenseurs tunisiens afin de préserver la voix des femmes, des journalistes et des militants de la démocratie.