Le Comité pour la Justice (Committee for Justice – CFJ) exprime son soulagement à la suite de la libération de l’avocat et ancien juge administratif Ahmed Souab, après une période de détention et un procès ayant suscité de vives inquiétudes dans les milieux des droits humains et juridiques ainsi qu’au sein de l’opinion publique.
Avant sa mise en liberté, Ahmed Souab a été confronté à un processus marqué par une escalade sécuritaire et judiciaire soulevant de sérieuses préoccupations quant au respect des garanties légales. Son arrestation est intervenue à la suite d’une déclaration prononcée le 19 avril 2025 devant le siège de la Maison de l’Avocat à Tunis, dans laquelle il critiquait des dépassements liés à l’affaire dite de « complot contre la sûreté de l’État ». Le 21 avril 2025, les forces de sécurité ont procédé à une perquisition à son domicile ainsi qu’à celui de son fils. Il a été placé en détention sans pouvoir communiquer avec ses avocats ni exercer pleinement son droit à la défense. Son fils a été retenu pendant plusieurs heures, et des téléphones ainsi que des appareils personnels ont été saisis. Ahmed Souab a ensuite été déféré devant le pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme pour interrogatoire, sur la base d’une interprétation de ses déclarations diffusées dans une séquence vidéo. Au cours de sa détention, son état de santé s’est détérioré en prison. Un jugement de première instance le condamnant à cinq ans d’emprisonnement a été prononcé à l’issue d’un procès qualifié d’inéquitable, avant que les développements en appel ne conduisent ultérieurement à sa mise en liberté.
Le Comité considère que cette affaire a constitué un test direct du respect des garanties d’un procès équitable, du droit à la défense ainsi que des normes constitutionnelles et internationales relatives à la protection des droits et libertés fondamentaux. Depuis le début de la détention, le Comité pour la Justice a souligné que la préservation de la dignité humaine et la garantie des droits légaux ne sauraient être considérées comme des choix circonstanciels, mais constituent des obligations inhérentes à l’État de droit.
Tout en saluant cette évolution positive, le Comité affirme que la libération d’Ahmed Souab apporte un soulagement à sa famille, à ses avocats et à tous ceux qui l’ont soutenu dans leur démarche visant à faire respecter la loi et les procédures régulières. Elle contribue également à restaurer une certaine confiance dans la capacité des institutions à corriger les dérives chaque fois que la volonté de respecter les garanties se manifeste.
Cependant, cette étape, malgré son importance, ne dispense pas de la nécessité urgente d’une révision plus large visant à garantir que les poursuites judiciaires ou les mesures de détention ne soient pas instrumentalisées au détriment de la liberté d’opinion et d’expression ni de l’indépendance de l’autorité judiciaire. La primauté du droit exige une justice indépendante, intègre et impartiale, à l’abri de toute forme de pression ou de politisation.
Le Comité pour la Justice réitère enfin son engagement constant en faveur de la défense des droits et libertés, de l’indépendance de la justice ainsi que du respect de la Constitution et des conventions internationales ratifiées. Il souligne que la protection des défenseurs et défenseuses des droits et libertés fait partie intégrante de la sauvegarde du système démocratique et de ses garanties.