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Tunisie : La coalition de la société civile tunisienne, représentée par la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme LTDH et soutenue par  Comité pour la Justice CFJ, alerte la Commission Africaine sur la catastrophe écologique et humaine à Gabès

 

Banjul 27/10/2025

Lors de la quatre-vingt-cinquième session ordinaire publique de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, tenue du 21 au 30 octobre à Banjul, la coalition tunisienne de la société civile a présenté une déclaration orale, lue par le Comité pour la Justice au nom de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme et des organisations membres de la coalition.
Cette intervention a eu lieu dans le cadre de l’échange avec le Hon. Commissaire Solomon Ayele Dersso, lors de la présentation du rapport du Groupe de Travail sur les Industries Extractives, l’Environnement et les Violations des Droits Humains.

La coalition a alerté la Commission sur la situation dramatique qui frappe Gabès, région du sud-est de la Tunisie confrontée à une catastrophe environnementale, sanitaire et sociale résultant de plus d’un demi-siècle de pollution industrielle.

Depuis 1972, le complexe de transformation du phosphate relevant du Groupe chimique tunisien rejette chaque jour entre 10 000 et 15 000 tonnes de phosphogypse, un résidu toxique contenant des métaux lourds et des substances radioactives, directement dans la mer Méditerranée.
Les conséquences sont dévastatrices :

  • 93 % de la biodiversité marine ont disparu selon l’association Stop Pollution ;
  • L’oasis de Gabès, seule oasis maritime au monde, est menacée d’extinction ;
  • Plus de 300 habitants, dont de nombreux enfants, ont récemment été hospitalisés pour des difficultés respiratoires aiguës ;
  • Les études indépendantes signalent une forte augmentation des cancers, de l’asthme et des malformations congénitales.

Malgré cette situation critique, les autorités tunisiennes n’ont pris aucune mesure de prévention, n’ont publié aucune donnée environnementale, et continuent de minimiser la gravité de la crise. Le décret gouvernemental de 2017, qui prévoyait l’arrêt progressif du rejet de phosphogypse en mer, n’a jamais été appliqué. En mars 2025, le gouvernement a même retiré le phosphogypse de la liste nationale des substances dangereuses, en violation du principe de non-régression environnementale et de l’article 24 de la Charte Africaine, garantissant le droit de chacun à un environnement sain.

Face à cette inaction, les habitants de Gabès ont organisé des manifestations pacifiques pour réclamer leur droit à respirer un air sain. Ces mobilisations ont été violemment réprimées : un jeune manifestant a perdu un œil après un tir direct de gaz lacrymogène, illustrant la criminalisation croissante des défenseuses et défenseurs de l’environnement en Tunisie.

Au nom de la coalition, la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme et le Comité pour la Justice ont appelé la Commission Africaine à :

  • adresser une communication urgente au gouvernement tunisien ;
  • saisir le Rapporteur spécial sur l’environnement et les droits humains ainsi que le Rapporteur spécial sur la situation des défenseures et défenseurs des droits humains ;
  • envisager une mission d’enquête ou de promotion conjointe, incluant une visite sur le terrain à Gabès ;
  • encourager la Cour Africaine à examiner la responsabilité de la Tunisie pour violation des droits à la santé, à la vie et à un environnement sain.

La coalition souligne que la situation de Gabès n’est pas un cas isolé, mais un avertissement pour l’ensemble du continent. Lorsque la protection de l’environnement est sacrifiée au profit d’intérêts économiques, ce sont les droits fondamentaux des populations qui s’effondrent.